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L’immigration au Maroc a commencé à faire son apparition essentiellement dans les villes frontalières. Elles ont été choisies  principalement parce qu’elles font partie d’une route migratoire menant vers l’Europe à l’exemple de Tanger. Ce n’est qu’à partir des années 2000 que Fès est devenue un lieu d’installation des migrants subsahariens. Selon une étude récente , “aucune arrivée n’est enregistrée avant cette date”.

L’étude dont on parle ici est celle réalisée par un groupe de chercheurs (M. Berriane, M. Aderghal, M. Janati, J. Berriane). Intitulée “L’immigration vers Fès. Le sens des nouvelles dynamiques du système migratoire euro-africain“, ce travail nous a servi de base pour cet article.

Une ville qui se refait

Avant l’occupation, l’immigration vers Fès était interne. On parle ici de plusieurs domaines d’activité: le commerce, les études, la quête culturelle ou encore religieuse et spirituelle. Fès attirait également les individus en provenance des pays qui se situent dans le sud du Sahara, notamment les pèlerins de la Zaouia Tijania. Plus tard, c’est l’économie coloniale qui a déclassé Fès par rapport aux villes littorales autour desquelles celle-ci s’est forgée.

La ville de “Fès était également connue par son industrie textile qui a marqué une chute à partir des années 80”. Une régression ayant un impact important sur la création de l’emploi.

Aujourd’hui la ville œuvre pour “la modernisation du commerce de l’artisanat et se concentre sur les technologies de l’information, l’industrie culturelle et le tourisme“.

Le Maroc a-t-il une fausse attractivité?

Depuis les années 2004, une présence de plus en plus marquante de migrants fait sa place. Ces nouveaux arrivants ne sont ni pèlerins ni commerçants.

Quand on observe les cas des pays qui sont devenus un pays d’installation des immigrants, nous nous retrouvons avec un seul point en commun, une évolution économique.

Ainsi,  “le pays d’immigration est une notion qui renvoie à l’existence d’un fait d’appel objectivement constaté à travers l’essor économique du pays“.

Certes, le Maroc a connu un certain développement économique mais il reste assez modeste. Donc, les raisons derrière l’attractivité du pays “ne correspondent pas aux modèles connus des pays d’immigration“. Prenons l’exemple des pays de l’Europe du Nord basés sur le développement de l’économie industrielle ou celui de l’Europe Méridionale qui doivent leur attractivité à “l’adhésion à la communauté européenne et l’essor de l’agriculture et des secteurs de services“.

Le développement économique du Maroc ne permet pas encore de dépasser le chômage et le sous-emploi. En plus, la société marocaine  est peu habituée à l’immigration et s’y ajoute “les politiques qui expriment une réticence pour adapter l’arsenal législatif au nouveau contexte migratoire

Fès n’est plus un dernier recours

Il faut savoir que l’installation permanente des immigrants provenant des pays du Sud du Sahara n’est devenue fréquente que récemment. La raison réside dans la procédure de durcissement des frontières du Maroc avec l’Espagne. L’Europe a essayé ainsi de créer des frontières de plus en plus étanches.

Du fait du caractère clandestin  de leur migration et de l’impossibilité pour beaucoup de pouvoir traverser les frontières marocaines vers l’Europe, ils se trouvent dans l’obligation de prolonger dans l’irrégularité leur séjour au Maroc, parfois pendant plusieurs années.

Ainsi, les migrants subsahariens passent d’abord un séjour plus ou moins long à Rabat, Casablanca, Oujda ou Nador. Après plusieurs tentatives de traversée marquées par l’échec ils se rendent à Fès. Au contraire des villes citées auparavant, Fès ne connait pas “une pression sur la demande d’emploi ou d’aide“.

C’est ce qui pousse les migrants récemment arrivés à faire le choix de passer par Fès d’abord. L’étude à pu dépister une faible fréquence des arrivées au début des années 2000 suivies par une légère hausse en 2004. En 2005 les flux ont connu une chute et ils ont repris de l’importance à partir de 2006.

Si la migration traditionnelle était un projet qui engageait toute la famille, les subsahariens au Maroc ont une structure différente. “L’acte de migrer était désigné par la majorité des interviewés par « partir en voyage » ou « partir à l’aventure » “.

Même la littérature subsaharienne faisait largement usage du terme « aventurier ».

Finalement, cet “aventurier” utilise ses propres moyens et rarement ceux de sa famille. C’est une personne qui n’a pas un trajet tracé à l’avance mais ceci ne l’empêche pas de nouer des relations passagères malgré les circonstances.

A lire également: Le retard du Maroc en matière de politique migratoire va-t-il bientôt être rattrapé?

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